« Valoriser la variabilité et repenser les cadres conceptuels des sciences du vivant »

Événements
Date: 30 octobre 2019 09:30 - 12:30

Lieu: Agropolis International, salle Badiane

Table ronde « Valoriser la variabilité et repenser les cadres conceptuels des sciences du vivant » avec Saverio Krätli (rédacteur en chef de la revue Nomadic People)


Et François Bousquet (GREEN, Cirad), Alexandre Ickowicz (SELMET, Cirad), Philippe Jarne (CEFE, CNRS), Christian Leclerc (AGAP, Cirad), Jean-Louis Pham (IRD), Mathieu Salpeteur (PALOC, IRD).


A l’occasion de l’invitation par l’association NSS-Dialogues de Saverio Krätli, chercheur pastoraliste indépendant et éditeur en chef de la Revue « Nomadic People », une table ronde aura lieu le 30/10 au matin à Montpellier, Agropolis, pour discuter de l'intérêt de prendre en compte et de valoriser la diversité et la variabilité du vivant plutôt que les réduire et chercher à homogénéiser et stabiliser le monde vivant en interaction avec les sociétés humaines. L’objectif de la table ronde est d’inviter des scientifiques venant de différentes disciplines (agronomie, zootechnie, génétique, écologie, socio-anthropologie, etc.) à discuter des cadres interprétatifs de la variabilité au-delà du cas d’étude des systèmes pastoraux et des milieux semi-arides sahéliens.
Depuis l’époque coloniale, la rationalité sous-jacente aux interventions de développement en milieu semi-aride identifie la variabilité climatique et environnementale comme une contrainte et un facteur de risque. Cette posture fonde sa légitimité sur les cadres conceptuels et théoriques développés au sein des sciences agronomiques et zootechniques qui prônent l’artificialisation des systèmes de production afin de contrôler la variabilité environnementale et réduire ainsi les « risques » qui sont censés en découler.
Ce cadre conceptuel a favorisé la mise en œuvre de solutions techniques visant la réduction des relations entre les systèmes de production et leur environnement, et la substitution de leurs fonctions productives par l’apport d’intrants : agriculture irriguée autour d’aménagements hydro-agricoles, adoption de fertilisants et pesticides, sédentarisation de l’élevage autour d’ouvrages hydrauliques, remplacement des pâturages par les cultures fourragères et les aliments de bétail, etc.
Depuis les années 1990, des nombreux travaux scientifiques ont montré les limites de ces interventions et leur faible adaptation à l’écologie des milieux semi-arides et aux caractéristiques des systèmes de production qui y évoluent. Dans ce contexte, des études novatrices de certains systèmes pastoraux ouest-africains ont montré que la variabilité du climat et des ressources peut, à certaines conditions, être une opportunité plutôt qu’un risque à minimiser. Les pasteurs essaient d’en exploiter les effets positifs sur la végétation pour fournir une alimentation sélective et de qualité à leur bétail. Plutôt que d’essayer de contrôler la variabilité de l’environnement, les pasteurs l’incorporent dans des systèmes de production complexes et flexibles, entretenant une pluralité d’options mobilisables, leur permettant une gestion optimale et en temps réel (Krätli, S. 2015 : Valuing Variability. New Perpectives on Climate Resilient Drylands Development, IEED, ed. by de Jode H.).
Ces résultats invitent à repenser les cadres conceptuels des sciences du vivant (comment passer de cadres d’analyses causaux et linéaires d’états et objets à d’autres axés sur la compréhension des dimensions interactionnelles, processuelles entre éléments du vivant ?) et à identifier des pistes pour renouveler l’infrastructure méthodologique qu’elles déploient (comment repenser des outils et indicateurs de performance adaptés à ces nouveaux cadres conceptuels ?) et les dispositifs politiques d’intervention qui en découlent.

 

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