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La « forêt de girofles » :
une région à l'agriculture polymorphe
— Quels rôles jouent les réseaux relationnels locaux dans la diversification des paysages agroforestiers sur la côte nord-est de Madagascar ?

Après avoir été presque entièrement déforestée au début du XXe siècle, la région Analanjirofo (en malgache «forêt de girofles»), sur la côte nord-est de Madagascar, a connu une expansion des cultures commerciales destinées à l’export. Les sociétés Betsimisaraka, pratiquant l’agriculture familiale, ont dû faire face à des changements considérables de leur environnement sur le plan économique, sociétal et écologique. Pour s’y adapter, ils ont développé, et continuent à développer, des pratiques agroforestières originales. L’objectif de RADIPAM est de comprendre les mécanismes sociaux qui contribuent à la résilience de ces ménages.

 

Madagascar est le premier exportateur de girofle au monde. Introduite au début du XIXe siècle, en particulier sur le littoral oriental de l’île, la filière du giroflier est devenue extensive seulement à partir de 1900, parfois au détriment d’autres cultures vivrières telle que celle du riz pluvial. À ce jour, malgré une déforestation massive, Analanjirofo  reste une des régions les plus forestières de l’île et la culture des épices une des premières sources de revenus pour la population locale.

À partir des années 60, Madagascar a fait face à de profonds changements :

  • démographiques - l’augmentation de la population fait en sorte que les villes s’étendent et l’espace à disposition de chacun se réduise ;
  • environnementales - l’île est touchée par des événements climatiques, tels que des cyclones, de plus en plus extrêmes et fréquents ;
  • économiques - dans un contexte économique d’incertitudes multiples, différentes filières de production (girofle, litchi, vanille, etc.) offrent de nouvelles opportunités aux petits producteurs.

Pour s’adapter à ces changements, durant les vingt dernières années, les planteurs familiaux des sociétés Betsimisaraka ont développé des pratiques agroforestières très diversifiées associant cultures de rente et cultures d’autoconsommation.

De ce point de vue, Analanjirofo constitue une zone particulièrement pertinente pour analyser les mécanismes impliqués dans les dynamiques agroforestières. Ce projet s’articule autour de deux villages, situés dans les communes de Vavatenina et Mahambo: le village de Vohibary et celui de Garacinq. L’objectif global du projet RADIPAM est de retracer le chemin de la mise en place de ce nouveau système de production agricole et de reconstituer le réseau des acteurs des filières locales (producteurs, collecteurs, etc.), qui sont des sources d’informations importantes pour le développement de cette stratégie de résilience.

Les paysans de la région Analanjirofo ont une excellente connaissance de leur environnement physique et de la manière dont les espèces interagissent entre elles. Pour comprendre d’où viennent ces nouvelles connaissances, le projet RADIPAM  s’appuie sur un dialogue avec les populations afin de décrire les terrains et les connaissances liées à leurs mises en culture. Avec cette cartographie participative le projet tente de répondre à deux objectifs scientifiques spécifiques:

  • Documenter, les pratiques et les relations des sociétés Betsimisaraka avec l’espace végétal environnant
  • Analyser les réseaux relationnels permettant la circulation des plantes et des connaissances associées à leur gestion dans ce contexte.

RADIPAM souhaite aussi créer un outil dynamique - « jeu de rôle » - pour mettre en débat les résultats du projet et favoriser le dialogue entre les différents acteurs de la filière du giroflier. Cet outil consistera à créer des scénarios, autour des possibles situations de perturbation, en demandant, aux différents acteurs, de proposer des solutions spécifiques. Il pourrait aussi permettre de faire remonter les problématiques relatives à la résilience auprès d’acteurs politiques et de favoriser la prise en compte de ces mécanismes dans les actions de développement des territoires et des filières agricoles, grâce à la collaboration de coopératives et d’associations locales (par exemple l’Union Fanohana).

Pour atteindre tous ces objectifs, le projet s’appuie sur un consortium interdisciplinaire, impliquant chercheurs de disciplines complémentaires au regard des ambitions poursuivies : agroécologie, ethnoécologie, ethnobotanique, statistique, socioécologie.

En bref...

L’agroforesterie peut être une forme durable de valorisation de la terre. RADIPAM est un projet exploratoire et transdisciplinaire qui s’inscrit dans les objectifs du projet de la MSH SUD, en visant à produire, à la fois, des connaissances sur les transitions des systèmes agraires aux Suds et des outils méthodologiques mobilisables dans l’action, afin de contribuer à construire des modes de développement agricole alternatifs.

En savoir plus

Partenaires

Partenaires scientifiques :

  • CIRAD, UPR GREEN (Gestion des ressources naturelles et environnement)
  • INRA, UMR MISTEA (Mathématiques, informatique et statistique pour l'environnement et l'agronomie)
  • IRD, UMR GRED (Gouvernance, Risque, Environnement, Développement)
  • CIRAD, UMR INNOVATION (Innovation et développement dans l’agriculture et l’alimentation)
  • Université d'Antananarivo, ESSA-Forêts (Mention Foresterie et Environnement de l'ESSA)
  • Université d'Antananarivo, DBEV (Département de Biologie et Ecologie végétales)

Partenaires financiers :

  • Fondation Agropolis
  • Région Occitanie et Actions Incitatives CIRAD (pour la bourse de thèse de Juliette Mariel)

Soutien méthodologique :

  • GDR ReSoDiV (Réseaux, sociétés et diversité : Approches méthodologiques des dynamiques de l’agrobiodiversité)
  • Groupe méthodologique MIRES (Méthode Interdisciplinaires sur les Réseaux d’Échanges de Semences ; financement INRA)
  • Collectif COMMOD (modélisation d’accompagnement)

Équipe

  • Vanesse Labeyrie, agronome et ethnoécologue, GREEN. Porteuse du projet RADIPAM.
  • Juliette Mariel, Doctorante, GREEN. Co-porteuse du projet RADIPAM.
  • Nicolas Verzelen, statisticien, MISTEA. Co-porteur du projet.
  • Christophe Le Page, modélisateur des systèmes socio-écologiques, GREEN.
  • Stéphanie Carrière, écologue et ethnobotaniste, GRED.
  • Eric Penot, agro-économiste, INNOVATION.
  • Tendro Radanielina, écologue, DBEV.
  • Verohanitra Rafidison, ethnobotaniste, DBEV.
  • Josoa Randriamalala, écologue, ESSA-Forêts.